La théorie de la valeur travail revisitée

David Ricardo expose ses idées dans son ouvrage Principes de l'économie politique et de l'impôt, publié en 1817. Nous allons présenter au cours des chapitres suivants les principales idées de ce livre. Dans la plupart des cas, Ricardo va partir des idées exposées par Adam Smith dans la richesse des nations et va les prolonger et complétés après en avoir relevé les limites. La première question qui intéresse les économistes classique est la question de l'origine de la valeur des biens. Ricardo va s'attaquer au sujet dés le premier chapitre de son ouvrage.

La question de l'origine de la valeur : Ricardo reprend Smith et l'améliore.

Avant Ricardo, Adam Smith se posait aussi la question de l'origine de la valeur des marchandises. Qu'est ce qui fait qu'une marchandise à de la valeur ? Smith commence par distinguer deux sens différent au terme valeur : la a valeur d'échange et la valeur d'usage. La valeur d'échange est la capacité d'un bien à s'échanger contre d'autres biens. La valeur d'usage est elle l'utilité que peut avoir un objet pour son propriétaire.

Smith s’interroge sur le lien entre la valeur d'usage et la valeur d'échange des marchandises à l'aide du paradoxe de l'eau et du diamant. Le paradoxe est le suivant : comment se fait-il que l'eau, utile à la vie ne coûte presque rien en Angleterre alors que un diamant, qui n'est pas utile pour vivre coûte lui extrêmement cher ? L'eau possède une forte valeur d'usage (indispensable à la vie) mais une faible valeur d'échange (elle ne coûte rien). A l'inverse le diamant à une faible valeur d'usage (il n'est pas utile pour vivre) mais pourtant il à une forte valeur d'échange.

Ce paradoxe de l'eau et du diamant montre pour Smith que l'utilité d'une marchandise n'est pas un critère suffisant pour détermine la valeur d'une marchandise. L'eau qui est utile ne coute rien, contrairement au diamant qui n'est pourtant pas nécessaire à la vie. Il faut proposer une autre réponse pour expliquer ce qui fait qu'une marchandise est chère ou non. Smith proposera la valeur travail : une marchandise est plus ou moins chère selon qu'elle demande de la peine pour être obtenue. Obtenir de l'eau est très facile en Angleterre, personne n'est prêt à payer cher pour cela. Un diamant est au contraire très difficile à obtenir et demande beaucoup d'effort. Pour Smith, la valeur d'échange d'un objet dépend donc de la quantité de travail nécessaire à sa production.

Ricardo distingue plus finement les marchandises et l'origine de leur valeur.

Ricardo, lecteur avisé de Smith, s’interroge aussi sur l'origine de la valeur d'échange des marchandises. Mais avant de regarder la source de la valeur, il commence par distinguer plus finement les biens, et les sépare en deux catégories : les biens qui sont impossible à reproduire et les biens qui peuvent être reproduit. Dans la première catégorie se trouve des produits comme un vin rare, une œuvre d'art, les biens dont la quantité ne peut pas être augmentée facilement et est bornée. Ces produits ont une valeur d'échange importante car ils existent en quantité limité et que nous ne pouvons pas ne peut en produire plus : impossible par exemple de produire plus d’œuvres de Léonard de Vinci pour satisfaire la demande ! La valeur d'échange de ses biens vient donc de leur rareté.

La Joconde, un bien rare et non reproductible

Les biens reproductibles sont eux ceux que l'homme peut au contraire multiplier facilement. On peut ainsi produire plus de nourriture, de tables, de voitures : il suffit de mettre en culture de nouvelles terres ou de construire de nouvelles usines. La valeur des biens reproductibles dépend elle non pas de la rareté mais de la quantité de travail qui est nécessaire pour leur production. Ricardo reprend ainsi l'idée de Smith du travail comme fondement de valeur des marchandises mais en y apportant une première précision. Le travail est la source de la valeur uniquement des biens reproductibles, qui sont les biens de loin les plus nombreux dans une économie. La valeur des biens non reproductible elle dépend non pas du travail nécessaire à les obtenir mais de leur rareté.

Rappel : la théorie de la valeur travail commandé de Smith

Pour bien comprendre la théorie de la valeur que Ricardo va développer en voir en quoi il se différencie de Smith et en quoi il le prolonge, revoyons ensemble ce que disait ce dernier.

Smith nous dit "Le prix réel de chaque chose, ce qu'elle coûte réellement à la personne qui a besoin de l'acquérir, est l'équivalent de la peine et de l'embarras qu'il a fallu pour l'acquérir". Cette peine se mesure en quantité de travail nécessaire pour fabriquer le bien, c'est à dire le nombre d'heures de travail. Par exemple si il faut 3 heures de travail au cordonnier pour réaliser une paire de chaussures, la valeur de cette paire de chaussures est de 3h de travail. Le travail est donc la source et la mesure de la valeur des marchandises.

Mais la définition de la valeur travail de Smith est en quelque sorte une double définition. Il ajoute cette seconde définition qui est pour lui équivalente à la première : la notion de travail commandé. La valeur d'une marchandise est aussi égale à la quantité de travail qu'on obtenir en échange de cette marchandise. Si notre cordonnier à réalisé une paire de chaussure dont la valeur est de 3 heures de travail, il doit pouvoir l'échanger contre une marchandise de même valeur. Si un pain demande 1 heure de travail au boulanger, alors le cordonnier peut échanger une paire de chaussures contre trois pains car les deux marchandises demandent 3 heures de travail. La marchandise du cordonnier est ainsi capable de commander 3 heures de travail boulanger. Voilà pourquoi Smith parle aussi de la valeur travail commandé.

Les deux définitions de la valeur d'une marchandise sont forcement égales pour Smith et doivent coïncider : une même marchandise ne peut avoir deux valeurs différentes. La valeur est ainsi à la fois égale à la quantité de travail nécessaire pour produire la marchandise et est aussi égale à la quantité de travail que nous pouvons obtenir en échange de la marchandise. Il est important de bien comprendre ces deux facettes de la valeur travail de Smith. Parfois il utilise l'une, parfois l'autre selon le but de son propos. On retiendra cependant le terme de travail commandé pour nommer la théorie de Smith, afin de la différencier de celle de Ricardo (qui rejettera lui cette notion de travail commandé).

Le problème de la mesure de la valeur

Pour mesurer la quantité de travail contenu dans une marchandise et comparer la valeur des marchandises entre elles, Smith se pose la question de trouver un étalon de mesure de la valeur. Il faut bien faire la différence entre le prix nominal d'un objet (exprimé en unités monétaires) et la valeur de cet objet, qui correspond elle à la quantité de travail nécessaire à sa production. Ainsi le prix peut varier selon l'offre et la demande ou encore selon les variations du salaire. Mais la valeur d'une marchandise ne peut varier que si le progrès technique vient modifier le nombre d'heures nécessaires à sa production. C'est bien cette valeur que Smith cherche à mesurer et comparer.

Dans un premier temps il propose de comparer le nombre d'heures nécessaire à la production des marchandises. Si deux marchandises demandent le même temps de travail alors elles ont la même valeur. Un pain qui demande une heure de travail au boulanger doit avoir donc le même prix qu'un poisson qui demande aussi une heure de travail au pêcheur. L'étalon de mesure est alors l'heure de travail.

Cette solution simple pose néanmoins un problème, celui de l'homogénéité du travail : peut-on comparer une heure du travail d'un ouvrier et une heure du travail d'un boulanger ? Les deux comportent-elles la même quantité de travail ? Comment comparer deux heures de travail de métiers très différents ? Une heure du temps d'un ouvrier contient probablement moins de travail qu'une heure de travail d'un bijoutier reconnu par exemple. Conscient du problème, Smith propose d'utiliser en pratique le salaire de l'individu comme mesure approchée des différences d'intensité en travail de l'heure travaillée. Son argument est que si l'ouvrier est moins bien payé à l'heure que le bijoutier alors cela doit refléter le fait qu'une heure de son activité contient moins de travail qu'une heure du bijoutier.
Supposons que pour une heure de travail un bijoutier soit payé 90 livres sterling et un ouvrier seulement 30 livres. Alors Smith peut en déduire que une heure de travail du bijoutier comportera trois fois plus de travail qu'une heure de l'ouvrier. Pour produire une marchandise dont la valeur est de 90 livres il faut que le premier travaille seulement une heure alors que le second doit travailler trois heures pour créer la même valeur car chacune de ses heures de travail comporte moins de travail. Un bijou fabriqué en 1 heure par le bijoutier à ainsi la même valeur mesurée en terme de salaire horaire que le travail réalisé pendant 3 heures du temps de l'ouvrier. Mais si cette méthode de mesure de la valeur comme le temps de travail converti en salaire répond bien au problème de l'homogénéité du travail, Smith va remarquer qu'elle introduit une autre complication.

Le but de la démarche est en effet de mesurer la valeur des marchandises, valeur qui dépend de la quantité de travail nécessaire à produire un objet. Si cette quantité de travail ne bouge pas, la valeur mesurée doit donc elle aussi ne pas bouger. Or la dernière mesure que propose Smith pose un problème : elle varie non seulement avec la quantité de travail, mais aussi avec les salaires !
Prenons l'exemple d'une marchandise qui demande deux heures de travail payée 50 livres l'heure. La "vraie" valeur (au sens de la quantité de travail nécessaire à la production) de cette marchandise est donc de deux heures de travail. Sa valeur mesurée en quantité de travail convertie en salaires est elle de 100 livres car il faut 2 heures payées 50livres pour la produire. Regardons comment varie la mesure mesurée quand le salaire horaire double ou quand le temps de travail nécessaire à la production double. Dans le premier cas, imaginons que le salaire des ouvriers double du fait de la hausse des prix du blé et passe à 100 livres de l'heure. La quantité de travail pour réaliser la marchandise, reste la même, à deux heures. La valeur de cette marchandise, calculée avec la nouvelle méthode de Smith est donc de 2 heures de travail payées à 100 livres l'heure, soit une valeur de 200 livres. On voit bien le problème de cette mesure : la quantité de travail nécessaire à la production n'a pas bougée, donc la valeur "réelle" de la marchandise est restée là même qu'avant la hausse des salaires. Pourtant la valeur mesurée à doublée, passant de 100 livres à 200 livres.

Smith réfléchit pour résoudre ce problème et propose d'introduire une 3éme étape dans la mesure dans la valeur : après avoir mesuré le nombre d'heures et les avoir convertie en salaire, il faut diviser la valeur obtenue par le prix d'une marchandise de référence, qui demande une quantité fixe de travail. Prenons un exemple pour bien comprendre.

Imaginons que notre marchandise étalon est le lingot d'or et imaginons qu'il demande une heure de travail pour être produit. Une heure de travail coûte 50 livres. Une table demande 10 heures de travail. La valeur de cette table mesurée en temps de travail convertie en salaire est donc de 10 heures payées 50 livres, soit une valeur de 500 livres. La nouveauté consiste à maintenant divisé cette valeur par le prix d'un lingot d'or, soit 50 livres. Le résultat est le suivant : 500/50 = 100. La valeur de la table est donc de 100 lingots.
Maintenant regardons ce qui se passe si le salaire double pour passer à 100 livres. La valeur mesurée en terme de travail convertie en salaire double, et devient 1 000 livres. On sait que c'est une mauvaise mesure de la valeur réelle, car celle-ci n'a pas bougé. Divisons cette valeur par le prix du lingot et voyons qu'on retombe sur une juste mesure de la valeur. Comme le salaire à doublé, le prix du lingot à aussi doublé et passe à 100 livres au lieu de 50 livres. 1 000/100 = 100 : la valeur de notre table est toujours de 100 lingots d'or ! En passant par un étalon dont la valeur est fixe (mais pas le prix), on annule les variations de salaires de la mesure de la valeur !
Enfin, regardons ce qui passe si la quantité de travail nécessaire à la production varie et que le salaire reste à 50 livres. Imaginons que notre table demande maintenant 20 heures de travail. Sa valeur mesurée en salaire est donc de 20 heures payées 50 livres, soit une valeur de 1 000 livres. Le prix du lingot est toujours d'une heure de travail, soit 50 livres. Ce qui donne 1 000/50 = 200. La valeur mesurée de notre table est de 200 lingots d'or. Soit bien une valeur mesurée doublée, conformément au nombre d'heures de travail nécessaires à la production !

Smith à donc résolu tous ses problèmes en introduisant un étalon comme mesure finale de la valeur. Il suffit de mesurer le nombre d'heures de travail, de les convertir en salaire horaire pour tenir compte de l’homogénéité du travail, et de divisé le résultat par le prix de la marchandise étalon choisie. Cette marchandise doit être choisie en sorte d'avoir une valeur fixe : elle doit toujours demander la même quantité de travail pour être fabriquée.

Le choix du bon étalon

Maintenant que Smith à résolu son problème en introduisant un étalon dont la valeur est fixe, il ne lui reste plus qu'à trouver une marchandise qui correspond à cette description. Quelle marchandise peut-bien demander une quantité de travail constante à travers le temps et les lieux pour être produite ? L'auteur écossai proposera non pas une mais deux marchandises pour servir d'étalon : l'or et le blé. Smith considère que à long terme la quantité de travail qui est nécessaire pour faire pousser du blé est relativement stable dans le temps, car la récolte dépend principalement de la fertilité de la terre. Autrement dit, pour produire une tonne de blé en 1676 il fallait probablement autant d'effort qu'un siècle plus tard en 1776.

Mais Smith, qui est observateur, remarque aussi que à court terme la valeur du blé peut varier fortement en raison des conditions climatiques qui affecte la récolte. Autrement dit, avec la même quantité de travail utilisée pour travailler la terre, on peut produire une quantité de blé plus ou moins grande selon les aléas climatiques. Ce qui revient à dire que la valeur du blé n'est pas stable à court terme, bien qu'elle le soit toujours à long terme (car les bonnes et les mauvaises années se compensent).

Il propose un second étalon de mesure à court terme, l'or. D'après lui, la valeur de l'or est stable à court terme ce qui permet d'éviter le problème rencontré avec le blé. Mais il faut toujours la même quantité de travail pour extraire une tonne d'or à court terme, à long terme l'or se révèle lui instable, contrairement au blé. Smith nous explique que à long terme la valeur de l'or dépend des découvertes de nouvelles mines et des progrès techniques qui affectent la production. Une nouvelle mine en surface, plus facile à exploiter qu'une mine en profondeur, pourrait ainsi diminuer le nombre d'heures nécessaires à la production d'une tonne d'or et ainsi en faire baisser la valeur. Et au fur et à mesure que la mine s'épuise, il faut plus de travail pour extraire l'or, ce qui en fait remonter la valeur.

Voilà pourquoi Adam Smith propose en pratique d'utiliser à la fois l'or et le blé comme étalon de la valeur. L'or est utile pour mesurer les variations à court terme, car sa valeur y est stable. Le blé lui sert à comparer les variations de la valeur des marchandises à long terme, car sa valeur y est plus stable que celle de l'or.

Le blé et l'or, les deux unités de mesure de la valeur travail chez Smith


Pour résumé, la valeur d'un bien vient de la quantité de travail nécessaire à sa production (ou de la quantité de travail qu'on peut obtenir en échange de ce bien, ses deux quantités sont égales pour Smith). En pratique, Smith propose de mesurer cette quantité en nombre d'heures travaillées, et de les convertir en salaire pour tenir compte des différentes sortes de travail qui n'ont pas la même efficacité. Enfin, pour éviter que cette mesure ne soit sensible aux variations de salaire, on divise cette valeur par le prix de la marchandise étalon, l'or ou le blé.
Par exemple une table qui demande 10 heures de travail payées 50 livres de l'heure, alors que une pièce d'or coûte 100 livres aurait une valeur mesurée de 10*50/100 = 5 pièces d'or. C'est à dire que la table contient exactement 5 fois plus de travail qu'une pièce d'or.

Les deux reproches de Ricardo à la théorie de Smith

Ricardo adhère dans le principe à cette théorie de la valeur travail qu'il trouvé séduisante, mais il la trouve un peu confuse. Il se propose de l'améliorer, en se basant sur deux reproches qu'il formule contre la théorie de Smith :

Le premier reproche qu'il fait à l'auteur Ecossai consiste à lui repprocher d'être ambiguë et mélange deux éléments différents en même temps : la quantité de travail qu'il faut pour réaliser l'objet et la quantité de travail qu'on peut obtenir en échange. Pour Smith, les deux quantités sont égales : il faut 3 heures pour fabriquer une paire de chaussures et cette paire s'échange contre 3 heures du travail du boulanger. Mais Ricardo remarque avec justesse que c'est une erreur. Ricardo donne un exemple qui permet de mieux comprendre son point de vue. Imaginons que dans un pays les biens qui composent le salaire d'un ouvrier demandent deux fois plus de travail pour être produit dans une période A que dans une période B plus lointaine. Ces biens constituent le salaire d'un ouvrier et on peut donc échanger ses biens contre une journée de travail d'un ouvrier. Si on regarde la valeur de ses biens de nécessité comme la quantité de travail nécessaire à leur production alors leur valeur en période A doit être deux fois plus élevée qu'en période B car ils demandent deux vois plus de travail.
Mais si on regarde la valeur de ses biens comme ce qu'on peut avoir en échange, on remarque que aux deux périodes ses biens forment le salaire de subsistance et qu'on peut l'échanger contre une journée de travail d'un ouvrier. La valeur des biens est de ce point de vue identique entre les deux périodes : c'est la valeur inchangée d'une journée de travail d'un ouvrier.
Voilà pourquoi Ricardo rejette cette égalité des deux définitions de la valeur proposée par Smith et lui reproche son ambiguïté qui consiste à les utiliser comme équivalentes alors que ce n'est pas le cas. Il rejette l'idée du travail commandé qui n'est pas pertinente pour lui pour ne garder que la première de la valeur comme le travail nécessaire à la production d'une marchandise.

Le second reproche que fait Ricardo concerne le choix de l'or ou du blé comme étalon pratique de la quantité de travail contenu dans une heure de travail. Celui-ci invoque que le blé et l'or sont en réalité des marchandises comme les autres dont le prix peut fortement varier contrairement à ce que pense Smith. Ainsi à long terme le prix du blé peut quand même varier avec l'invention de nouveaux engrais, la mécanisation ou encore la découverte de nouvelles terres fertiles. De même le prix de l'or varie selon les découvertes en métallurgies et les nouveaux usages qu'on peut en faire. Smith, qui cherchait un étalon invariable pour mesurer la valeur des marchandises à finalement choisit lui aussi des étalons variables avec l'or et le blé.

Ricardo améliore la théorie de Smith

Ricardo rejetant ainsi à la fois la valeur travail commandé de Smith et le principe d'un étalon de mesure fixe de la quantité de travail incorporée dans un objet, il va proposer sa propre théorie de la valeur travail.

La théorie du travail incorporé de Ricardo

Pour Ricardo, Smith avait presque raison quand il voyait la valeur comme la quantité de travail nécessaire à la production d'une marchandise, mais il adopte une mauvaise mesure de cette quantité de travail en oubliant de prendre en compte ce qu'il appel le travail indirect.

Il faut prendre en compte non seulement le travail directement nécessaire à la production de la marchandise, mais aussi le travail indirect nécessaire qui sert à produire le capital. Prenons l'exemple d'un pécheur qui à besoin de deux heures de travail pour pêcher un poisson à l'aide d'une canne à pêche qui demande elle une heure de travail pour être fabriquée. La valeur du poisson est de trois heures de travail nous explique Ricardo : les deux heures passée à pêcher, et l'heure nécessaire à la fabrication de la canne à pêche. Smith lui n'aurai donné au poisson qu'une valeur de deux heures et aurait oublié le temps passé à la fabrication du capital (ici la canne à pêche).

Chaque marchandise à une valeur égale au temps de travail nécessaire à sa production, en prenant en compte toutes les étapes au cours du processus de production. On parle ainsi de valeur travail incorporé.

Une théorie de la valeur relative et non plus absolue

Pour résoudre le problème de la variation des prix du blés ou de l'or, Ricardo propose non pas une mesure absolue de la valeur mais une mesure relative de la valeur : le prix relatif de deux marchandises dépend du rapport des quantités de travail nécessaire à leur production. On compare uniquement les marchandises entre elles et on ne cherche plus d'étalon fixe comme essayait de le faire Smith. Supposons qu'il faille trois heures pour pêcher un poisson et six heures pour chasser un daim (deux heures pour fabriquer une lance et quatre heures pour le chasser, le tuer et découper la viande). Alors le prix relatif sera que un daim s'échange contre deux poissons car il faut deux fois plus de travail pour tuer un daim que pour pêcher un poison. Si le salaire vient à varier, cela ne change pas ce rapport et le prix relatif reste le même. On évite ainsi le problème de trouver un étalon fixe et invariable auquel mesurer la valeur en n'utilisant que des valeurs relatives.

L'échelle comparative de Ricardo

Ricardo va résoudre un autre problème auquel Adam Smith ne répond pas correctement : la question de l'homogénéité du travail. Comment comparer une heure de travail d'un ouvrier et une heure de travail d'un bijoutier par exemple ? Nous avons vu plus haut que cette question est source de problème pour Smith, qui ne sait pas bien comment y répondre et propose simplement de considérer que les différences de salaires traduisent les différences de qualité de travail.
Ricardo va expliciter l'intuition de Smith et la formaliser à travers ce qu'il appel l'échelle comparative des valeurs. Il explique qu'on peut classer les différent types de travail sur une sorte d'échelle. En bas de l’échelle se trouve l'heure de travail de l'ouvrier de base, payée au salaire de subsistance, qui est le salaire de référence. Puis quand on monte dans les échelons on place les heures de travail qui contiennent "plus de travail" que l'heure de l'ouvrier de base. Par exemple le travail d'un bijoutier vaudrait deux fois le travail d'un ouvrier non qualifié. Le travail du médecin en vaudrait lui disons cinq fois plus. Et ainsi de suite, chaque heure de travail d'un métier à sa place sur l'échelle par rapport aux autres.

On peut ainsi comparer les différents métiers ensemble en se reportant à cette échelle imaginaire. Cette échelle est fixe à court terme, et ne varie que à cause du progrès technique qui rend une profession plus efficace. Si le prix du blé varie, les places dans l'échelle ne bougent pas : le salaire d'un médecin étant 5 fois celui de l'ouvrier étant donner l'efficacité comparée d'une heure de travail, si le prix du blé fait monté le salaire de l'ouvrier disons de 20% alors le salaire du médecin doit augmenter lui aussi de 20% pour continuer à refléter la même différence de productivité. Seul le progrès technique qui pourrait toucher l'ouvrier et le rendre plus efficace pourrait faire varier l'échelle comparative.

Ricardo innove doublement avec son échelle comparative : non seulement il résout le problème posé par Smith et conceptualise l'intuition qu'avait ce dernier en comparant les salaires, mais il fait un premier pas vers la modélisation économique. Son échelle peut être vue comme un modèle qui nous permet de représenter de façon schématique la réalité afin de pouvoir comparer entre deux des travaux différents.

En résumé :

  • Smith pose les bases de la valeur travail et rejette l'utilité comme fondement de la valeur en s’appuyant sur le paradoxe de l'eau et du diamant.
  • La théorie de Smith est une théorie du travail commandé : la valeur d'une marchandise dépend de la quantité de travail nécessaire à sa production, qui est égale à la quantité de travail qu'on peut commander en échange de cette marchandise.
  • Pour résoudre le problème de l’homogénéité du travail, Smith propose de comparer les salaires, puis d'utiliser le blé ou l'or comme étalon de référence afin d'éviter de rendre la mesure de la valeur sensible aux variations de prix.
  • Ricardo reprend la théorie de la valeur travail de Smith qu'il critique et améliore. Il distingue les biens entre les biens non reproductibles dont la valeur vient de leur rareté et les biens reproductibles dont la valeur vient du travail.
  • Ricardo reproche à Smith l'utilisation de l'or ou du blé comme étalon de mesure du travail et montre que leur prix peut varier.
  • Ricardo propose une théorie relative de la valeur, basée sur le travail incorporé. La valeur relative entre deux biens dépend du rapport des quantités de travail nécessaire à leur production. Il évite ainsi le problème de trouver un étalon de mesure commun.
  • Ricardo résout le problème de l’homogénéité du travail en imaginant une échelle comparative des valeurs, qui fixe entre eux les différentes quantité de travail contenue dans une heure de travail des différents métiers.

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